Neiluj Bigg : « Je veux représenter la région dans une grande ville. »
Rappeur, ingénieur, cuisinier et Rouynorandien d’adoption, Neiluj Bigg incarne une identité multiculturelle qu’il revendique dans chacune de ses chansons. Rencontre avec un artiste qui veut faire rayonner l’Abitibi-Témiscamingue.
Programmé au festival Osisko en lumière, Neiluj Bigg est un rappeur aux multiples facettes. Ingénieur en informatique le jour, passionné de cuisine et artiste le reste du temps, il a grandi entre le Cameroun, son pays de naissance et la France avant de s’établir au Canada. Après un passage par Toronto, il s’installe finalement à Rouyn-Noranda, où il puise dans son identité multiculturelle et ce nouvel environnement une source d’inspiration pour créer une musique métissée. Africulture Production est allé à sa rencontre.
Comment est née cette passion pour la musique et l’écriture ?
Depuis tout petit, je respire et je vis la musique. Et cela, je le dois beaucoup à mes grandes sœurs. Elles écoutaient des cassettes en boucle, arrêtaient les morceaux pour recopier les paroles ou s’enregistrer. J’ai grandi avec le hip-hop, le rap français et américain. Cet univers m’a profondément influencé et m’a donné très tôt l’envie d’écrire.
Comment es-tu venu à Rouyn-Noranda ?
En 2019, un choix s’offrait à moi : rester en France ou partir au Canada. Sans hésitation, j’ai décidé de partir m’installer à Toronto où j’ai travaillé chez Apple pendant trois ans. Une nouvelle opportunité s’est ensuite présentée, mais celle-ci était à Rouyn-Noranda. Après quelques recherches sur internet et n’ayant pas vraiment d’attache à Toronto, j’ai accepté. Arrivé en Abitibi, la première chose que j’ai demandée a été : « Il est où le métro ? » On m’a alors répondu : « Tu as un bus pour toute la ville. » J’ai finalement trouvé la ville très familiale.
Comment as-tu réussi à exercer ton métier d’ingénieur tout en gardant la musique au centre de ta vie ?
Honnêteur, je n’ai pas toujours réussi à concilier les deux. Il y a treize ans, j’ai commencé un album que je n’ai jamais terminé. J’avais arrêté l’écriture, je m’étais un peu perdu dans ma vie d’ingénieur. Mais je savais que ce n’était qu’une parenthèse. En arrivant à Rouyn-Noranda, j’ai senti qu’on pouvait faire de nombreuses choses sur la scène musicale. La terre était fertile. J’ai donc voulu me lancer dans quelque chose de fou : faire un album, celui que j’ai justement appelé L’Équivoque, comme une revanche prise sur mon dernier projet. Je ne suis vraiment pas quelqu’un qui baisse les bras.
Comment est perçue ta musique ?
Les gens de Rouyn-Noranda sont curieux et aiment la nouveauté. J’avais envie d’apporter ma culture musicale, de l’associer au québécois et d’en faire une sorte de mélange, une « sauce à la Biggy ». J’ai eu plusieurs occasions de monter sur scène et on m’a proposé différentes collaborations donc je pense que ma musique est plutôt appréciée.
« Je tiens à proposer une musique métissée, nourrie par les influences de mon identité multiculturelle. »
Comment qualifierais-tu ta musique ?
Je n’aime pas mettre une étiquette sur ma musique. Je préfère dire que je suis un artiste. Pourquoi ? Parce que ce serait se mettre une limite à son champs lexical. Aujourd’hui, en tant que représentant de ma culture, je revendique un style de musique plus afro. Mais je tiens à proposer une musique métissée, nourrie par les influences de mon identité multiculturelle : le Cameroun, la France et maintenant le Québec. Dans chacune de mes chansons, on doit retrouver une part des trois univers qui m’ont construit. Les dialectes, les expressions que je prends d’ici ou d’ailleurs sont aussi une source d’inspiration et nourrissent mon écriture.
Qui t’a aidé à développer ta musique à Rouyn-Noranda ?
En effectuant des recherches sur les studios d’enregistrement à Rouyn-Noranda, j’ai découvert le Studio Adéquat, où j’ai rencontré Guillaume et Shawn, alias DJ SH4WN. Ils m’ont beaucoup accompagné dans la réalisation et l’enregistrement de mon album. J’ai trouvé une équipe très professionnelle, qui a vraiment cru en mon projet.
Parle-nous un peu de ton album, L’Équivoque ?
Chaque morceau de cet album est un fragment de moi. Il y a 14 titres dont 14 parties de mon âme. Je voulais qu’à chaque titre, les gens soient surpris. « Effritée » est une musique plus personnelle alors que « Allô Allô » est une musique pour danser. Quant au premier morceau, je voulais qu’il soit représenté par une Québécoise, comme une alliance entre mon univers et celui du Québec.
« Me produire devant 3000 personnes, c’est quelque chose d’incroyable, mais cela donne la boule au ventre. »
Pourquoi avoir choisi le titre « L’Équivoque » ?
Le titre a aussi toute sa signification. On m’appelle parfois « l’équivoque » car je suis un être susceptible de beaucoup d’interprétations amphibologiques. Je suis une personne multi-casquettes : je suis informaticien, artiste, philosophe mais aussi passionné de cuisine. Dans le passé, j’avais même développé un service de restauration rapide depuis chez moi. Je refuse de me limiter à une seule identité.
Penses-tu quitter la région ?
Mon but n’est pas de quitter la région pour aller dans une grande ville. Je veux représenter la région dans une grande ville. Nous sommes capables de faire de belles choses ici. Il faut juste que la caméra soit braquée sur nous pour montrer au grand public ce dont nous sommes capables.
Quels sont des futurs projets à court, moyen ou long terme ?
Je monterai sur scène au festival Osisko en lumière, le 4 août prochain. Me produire devant 3000 personnes, c’est quelque chose d’incroyable, mais cela donne la boule au ventre. J’ai aussi sorti un nouvel EP, Afrotibi, et je travaille sur de nouveaux projets qui devraient sortir très prochainement. Mais pour le moment, je préfère garder la surprise.
Quels conseils aimerais-tu transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’industrie artistique en région ?
Ce conseil vaut pour la musique comme pour n’importe quel domaine : soyez la meilleure version identitaire de vous-même. Osez être qui vous êtes. N’ayez pas peur d’assumer toutes vos passions et vos différentes facettes. Il ne fait pas se limiter à être seulement X ou seulement Y.
